Le musée sur Fréquence Uzège

Retrouvez le musée d'Uzès dans l'émission "Fréquence Musées", tous les mois sur Fuze  !
Et découvrez chaque mois un objet insolite des collections du musée.
Chaque émission est diffusée deux fois pendant un mois,  le lundi de 9h00 à 9h30, et peut aussi être réécoutée sur ce site. 
Vous pouvez également découvrir l'objet du mois en visite guidée au musée !

Radio Fuze suspend provisoirement sa diffusion en FM. Retrouvez l'émission Fréquence Musées dès la reprise de la diffusion FM. 




L’objet du mois de décembre 2019 : la malle d’André Gide au Congo
 

Photo Marc Allégret
A quoi ça ressemble ?
C'est une malle ou cantine en fer, peinte en noir. Sur le couvercle, il y a des  inscriptions peintes en blanc : « Gide- Allégret - Brazzaville ». A l’intérieur, se trouvent une moustiquaire, un filet à papillons et des vêtements d’homme pour climat chaud : vestes, gilets, pantalons, en coton ou en lin blanc ou beige, ainsi qu’une chemise de nuit.

A qui était-ce ?
Comme l’indique l’inscription, à l’écrivain André Gide (1869-1951).

De quand ça date ?
Cette malle lui a servi pour son voyage au Congo en 1925-1926.
André Gide a toujours aimé voyagé. Toute sa vie, il a parcouru en tous sens l’Europe et le bassin méditerranéen. Mais depuis longtemps il rêvait de découvrir l’Afrique. Son rêve se réalise à 56 ans, en 1925. Pour financer l’expédition, il n’a pas hésité à vendre sa bibliothèque, riche d’éditions rares et de manuscrits, dont beaucoup lui avaient été offerts par d’autres écrivains… ce qui crée quelques rancunes !
André Gide part avec Marc Alllégret. Ce dernier est âgé de 25 ans. C’est le fils du pasteur Elie Allégret, qui avait été le précepteur de Gide dans son adolescence. Marc et Gide ont eu quelques années auparavant une relation amoureuse, qui se transforme par la suite en un lien d’affection quasiment familiale. Comme plus tard son jeune frère Yves, qui deviendra cinéaste et épousera Simone Signoret, Marc Allégret est attiré par les métiers de l’image : photographie, cinéma. C’est pour l’encourager dans cette voie que Gide le charge de réaliser un reportage sur son voyage. Marc va ainsi prendre des centaines de photos et tourner son premier film documentaire.
Les deux amis se lancent dans un long voyage de près d’un an. Partis de France en juillet 1925, ils débarquent au Congo belge et remontent vers le Tchad via le Congo français et l’Oubangui-Chari. Ils descendent ensuite jusqu’au Cameroun avant de revenir en France en mai 1926.
Depuis la fin du 19e siècle, l’Afrique a été entièrement colonisée par les pays européens, et les territoires que traverse Gide sont sous la tutelle de la Belgique et de la France. L’empire colonial est une source de fierté pour la France de l’époque, soulignée par l’organisation d’Expositions Coloniales à Paris et en province.
Peu de gens remettent en cause le bien-fondé de cette politique coloniale, justifiée par la nécessité d’ « apporter la civilisation » (santé, éducation) à des peuples jugés inférieurs. Gide lui-même profite de l’accueil d’un administrateur des colonies au Tchad, gendre d’un ami.
Son voyage commence donc comme un séjour purement touristique. Il se passionne pour la faune et la flore (d’où le filet à papillons), admire les paysages, observe avec curiosité les populations locales. Rapidement il constate que ces populations sont maltraitées. En effet la France a concédé les forêts de ses colonies d’Afrique équatoriale (production de bois et surtout d’hévéa) à des compagnies privées qui exploitent sans scrupules la main-d’œuvre locale : travail forcé non rémunéré, brutalités, menaces… L’administration coloniale est au mieux impuissante, au pire complice de ces exactions.
Choqué, Gide décide d’utiliser sa notoriété d’écrivain pour dénoncer ces abus. « Désormais, une immense plainte m’habite ; je sais des choses dont je ne puis pas prendre mon parti. Quel démon m’a poussé en Afrique ? Qu’allais-je donc chercher dans ce pays ? J’étais tranquille. A présent je sais ; je dois parler. » En 1927, il publie donc un article dans la Revue de Paris, puis deux livres : Voyage au Congo et Le Retour du Tchad, qui provoquent une émotion considérable dans l’opinion publique. Gide devient alors un écrivain engagé et plus seulement un esthète de l’art pour l’art.

Gide sur le fleuve Congo
Comment est-ce arrivé au musée ?
De retour à Paris, Gide a rangé la malle dans la cave de son immeuble, rue Vaneau dans le 7e. Puis il l’a oubliée, et ceux qui ont habité son appartement après sa mort en 1951 ne semblent pas l’avoir remarquée, jusqu’à ce que les propriétaires actuels la découvrent en 2000. Ils ont alors décidé d’en faire don au musée d’Uzès, qui possède toute une salle consacrée à l’écrivain (en effet, même s’il est né à Paris, la famille Gide était originaire de l’Uzège).
Une fois au musée, la malle a été ouverte, son contenu inventorié, et les vêtements, qui étaient restés entassés pendant 75 ans, ont été nettoyés et défroissés. Détail révélateur : une des vestes est tachée d’encre au niveau de la poche poitrine, la marque de l’écrivain…
Dernier rebondissement : en décembre 2019, l'écrivain et journaliste Jean-Claude Perrier, venu à la médiathèque d'Uzès pour présenter son livre "L'Univers d'André Gide", en a profité pour remettre au musée, en mémoire de Catherine Gide,  le casque colonial que Gide portait pendant son voyage au Congo. Le casque et la malle sont désormais réunis !



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Rendez-vous le jeudi 19 décembre 2019 à 16h.
Attention, pas de visite en janvier, rendez-vous en février !







L’objet du mois de novembre 2019 : chenet zoomorphe, âge du Fer

 
A quoi ça ressemble ?
C’est un objet en terre cuite rouge, mesurant 15 cm de haut, représentant une tête d’animal aux oreilles pointues, au museau carré, à l’encolure large. Elle est cassée au bas du cou. L’argile a été modelée et creusée de stries profondes évoquant les dents et le pelage de l’animal.

Comment est-ce arrivé au musée ?
C’est un mystère ! Cet objet se trouvait déjà au musée d’Uzès en 1945, lorsque le nouveau conservateur Georges Borias a entrepris l’inventaire des collections. Mais comme beaucoup d’objets du musée, cette tête d’animal avait sans doute perdu son cartel d’identification et le conservateur n’a pu que mentionner « origine inconnue » dans le registre d’inventaire.

D’où ça vient ?
Un article du Bulletin Archéologique du Comité des Travaux Historiques nous éclaire : lors de la séance du 14 décembre 1936, sont présentées au Comité les découvertes récentes de l’abbé Bayol, curé de Collias et archéologue amateur. L’abbé Bayol s’est notamment fait connaître par ses explorations des grottes des gorges du Gardon, dont l’une (ornée de peintures rupestres de la Préhistoire) porte même son nom. L’article du Bulletin Archéologique signale qu’il a trouvé « trois chenets en argile, encore inédits, découverts l’un à Uzès […], les deux autres […] à Collias. » Hélas l’article ne précise pas l’endroit exact de la découverte à Uzès. Mais l’illustration ne laisse aucun doute : c’est bien notre tête d’animal qui a été trouvée à Uzès par l’abbé Bayol, au plus tard en 1936.
Or l’abbé Bayol avait participé à une commission créé en 1931 par la municipalité d’Uzès pour « s’occuper de la réorganisation et la remise en ordre du musée » ; en effet le musée, créé en 1910, connaissait depuis la Première Guerre une phase d’abandon. Un article du Journal d’Uzès du 30 juillet 1938 confirme son intervention : le maire d’Uzès rappelle que « M. le Curé de Collias, le savant abbé Bayol, […] a bien voulu se charger de remettre en ordre cette importante collection de coquillages et d’objets préhistoriques. »
Il est donc possible que l’abbé ait fait don de cet objet au musée qu’il a réorganisé, entre 1931 et 1936.

De quand ça date ?
D’après la comparaison avec des objets similaires, cet objet date de la fin de l’Age du Fer (entre le Ve et le Ier siècle av. JC). L’âge du Fer débute vers 800 avant notre ère et se termine avec la conquête de la Gaule par les Romains. C’est une période d’évolution technologique, avec la maîtrise de la métallurgie, qui est également caractérisée par des sociétés de plus en plus hiérarchisées : les guerriers, possesseurs d’armes en fer, ont une position dominante. Les contacts avec le monde méditerranéen s’intensifient, particulièrement dans le sud de la Gaule avec la présence de colons grecs à Marseille, Nice, Agde, et dès le Ier siècle avant JC avec l’implantation des Romains en Narbonnaise. C’est peut-être sous l’influence des Grecs et des Romains qu’apparaissent les premières villes : l’habitat se concentre dans des enceintes fortifiées, souvent situées en hauteur, les oppida.
Les Gaulois partagent une culture commune mais ils ne sont pas un peuple unique, plutôt une juxtaposition de tribus souvent en guerre les unes avec les autres. Le Languedoc oriental est le territoire des Volques Arécomiques, connus à partir de la fin du VIe siècle.

A quoi ça servait ?
Comme l’indique le Bulletin Archéologique, c’est un fragment de chenet. Les chenets n’ont aujourd’hui plus qu’un rôle utilitaire dans nos cheminées, ils servent de support aux bûches. Pour les Gaulois, ils étaient sans doute également liés à des pratiques rituelles : on jetait dans le feu les offrandes aux divinités ou aux défunts (nourriture, statuettes, objets précieux). Il s’agissait d’un culte domestique, pratiqué dans chaque foyer, attesté en Languedoc à partir du Ve siècle avant notre ère. On a retrouvé de nombreux chenets en terre cuite dans la zone entre Rhône et Hérault. Plus tard, à l’époque gallo-romaine, apparaissent des chenets plus volumineux, en pierre. Tous ces chenets sont généralement ornés de têtes d’animaux : chiens, chevaux, béliers. Le terme même de chenet vient de « chiennet » ou « petit chien » !

Pour l’identification de notre animal, les avis divergent. Le Bulletin Archéologique décrit une tête de chien. Dans son livre Uzès celtique et romaine, Jean Charmasson pense reconnaître un cheval. Alors, qui a raison, chien ou cheval ? on pourrait aussi y voir un sanglier… Comme le rappelle très justement Jean Charmasson, la sculpture gauloise n’est jamais réaliste ; les formes sont simplifiées, souvent difficiles à identifier avec précision. Le chien et le cheval avaient pour les Gaulois un rôle symbolique fort : le chien était le gardien du foyer, et le cheval transportait les âmes des défunts dans l’au-delà. Tous deux avaient donc leur place sur un objet lié au culte des défunts et à la protection du foyer.
La découverte de cet objet à Uzès nous confirme qu’il y avait bien là dès l’époque gauloise une agglomération, qui sera connue à l’époque gallo-romaine sous le nom d’Ucetia.


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Rendez-vous le jeudi 21 novembre 2019 à 16h.






L’objet du mois d'octobre 2019 : carreaux de pavement du 14e siècle





A quoi ça ressemble ?
C’est un ensemble de 230 carreaux en terre cuite, d’environ 12 x 12 cm. Certains sont unis, avec une glaçure jaune, verte ou brune. D’autres sont blancs avec des motifs peints en vert et brun. Il y a des motifs géométriques (cercles, damiers), des blasons de fantaisie (qui ne correspondent à aucune armoirie), des motifs de feuillages, des fleurs de lys et même des animaux : un oiseau, une tête d’animal fantastique (dragon ?). Il y a aussi beaucoup de carreaux tellement usés qu’il ne reste plus rien en surface, juste des traces de glaçure sur les bords.

Comment est-ce arrivé au musée ?
Ces carreaux proviennent du château de Blauzac. Ils se trouvaient à un étage qui a été autrefois incendié ; cet étage n’a pas été reconstruit mais ensuite transformé en comble. Les carreaux sont restés en place jusque dans les années 1990, quand le propriétaire du château les a enlevés à l’occasion de travaux. Ils ont ensuite été vendus à un brocanteur qui les a proposés au musée, sur les conseils de l’architecte Ariel Balmassière. Ils ont pu être achetés en 2009 par l’association des Amis du musée, avec l’aide du FRAM Languedoc-Roussillon.

De quand ça date ?
Le décor des carreaux et leur forme, avec des bords en biseaux, sont très proches d’autres carrelages trouvés dans le Vaucluse, à Avignon (Palais des Papes) et à Châteauneuf-du-Pape. Ces carreaux sont datés par les spécialistes de la première moitié du XIVe siècle : pour les carreaux du Palais des Papes, achats vers 1317 puis à partir de 1334 ; pour Châteauneuf, construction du palais entre 1317 et 1333. Nous verrons plus loin que cette datation peut être affinée en fonction du destinataire.

Qui l’a fabriqué ?
Il y a de fortes chances que ces carreaux viennent du même atelier que ceux du Palais des Papes, vu leur similarité. On sait par les comptes dans les archives du Vatican que de grandes quantités de carrelages avaient été commandées en 1317-18 par le pape Jean XXII à des artisans de Saint-Quentin la Poterie : les frères Pouzilhac, Raymond Roman et Raymond Sabran. Le pape suivant, Benoît XII, a fait faire des travaux au palais à partir de 1334 (notamment dans la pièce appelée le « studium »), là encore en achetant des carreaux à Saint-Quentin.

Pour qui ?
Le château de Blauzac a été construit au milieu du XIVe siècle pour Pierre de Deaux, neveu du cardinal Bertrand de Deaux, grand dignitaire auprès des papes d’Avignon, en particulier Benoît XII. Bertrand de Deaux se fait lui-même construire un palais cardinalice à Villeneuve-lès-Avignon entre 1338 et 1348, il l’a peut-être décoré de carrelages comme ceux que Benoît XII venait de commander ? Lorsque son neveu Pierre obtient la seigneurie de Blauzac en 1353, il bénéficie sans doute d’un approvisionnement chez le même fournisseur que la cour papale… Le carrelage a donc probablement été posé à ce moment, entre 1353 et 1355 (date de la mort du cardinal Bertrand de Deaux).

Comment étaient-ils fabriqués et posés ?
Ils sont faits avec une argile kaolinique, réfractaire, typique de l’Uzège, sans doute mise en forme avec des moules en bois. Les bords en biseau servaient à faciliter le démoulage avant séchage et cuisson, et aussi à faciliter la prise du mortier à la pose. Les carreaux unis sont recouverts d’une glaçure à base d’oxydes minéraux (plomb pour le jaune, cuivre pour le vert, manganèse pour le brun). Les carreaux à motifs sont d’abord recouverts d’une glaçure blanche opaque à base d’étain puis les motifs sont peints au pinceau, avec des oxydes de cuivre (vert) et de manganèse (brun). Ils sont peints rapidement, à main levée, il n’y a pas trace de dessins préparatoires : on voit l’entraînement et le savoir-faire des artisans ! On admire aussi la variété des motifs, presque tous différents. Ces décors se retrouvaient aussi sur la vaisselle de l’époque.
Au Palais des Papes les carreaux sont posés en diagonale, un carreau à motif alternant avec un uni jaune et un uni vert. Les carreaux de Blauzac ont été déposés sans faire de relevé, on ne sait donc pas comment ils étaient posés à l’origine mais il y avait sûrement une alternance entre carreaux à motifs et unis.
Il est très rare que des carrelages aussi anciens aient été conservés, ce type de sol était fragile (beaucoup moins solide que les carrelages actuels), et une fois usés, les carreaux étaient généralement remplacés par un nouveau revêtement plus à la mode. Le carrelage du Palais des Papes a survécu parce qu’il avait été recouvert par un autre dallage qui l’a protégé jusqu’à ce qu’on le redécouvre en 1963. Les carreaux de Blauzac ont été préservés parce que l’étage du château où ils se trouvaient, ayant été incendié, n’avait plus été occupé par la suite.
 

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Rendez-vous le jeudi 24 octobre 2019 à 16h.
 



L’objet du mois de juin 2019 : deux estampes japonaises
  
A quoi ça ressemble ?
Il s’agit de deux feuilles de papier souple, portant des images vivement colorées. Sur l’une, une femme en kimono, agenouillée, se recoiffe devant un miroir. Une plante en pot se trouve près d’elle. Sur l’autre, une femme en kimono fume une petite pipe, assise dans un palanquin. Sur les deux images, des cartouches portent des inscriptions en idéogrammes.

Qu’est-ce que ça représente ?
Ces femmes sont bien sûr des Japonaises en costumes traditionnels. Elles sont représentées dans leurs occupations quotidiennes et leurs loisirs. Les cartouches colorés en haut à droite indiquent que ces images appartiennent à une série intitulée « 24 beautés d’aujourd’hui et leurs loisirs » (Nijûshiko imayo bijin). Les textes à gauche du titre précisent les loisirs en question : dans la première image, c’est la « femme qui aime les plantes », dans la deuxième, la « femme qui aime voyager ». Cette dernière est en tenue de voyage, avec une coiffe pour protéger ses cheveux. Elle s’accorde une pause en sortant de son étui une pipe en métal et une blague à tabac. Ses dents noircies et ses sourcils rasés indiquent qu’il s’agit d’une femme mariée appartenant à un milieu aisé. Le palanquin en bambou (kago) porté par des serviteurs était un moyen de transport courant dans le Japon d’autrefois ; les chevaux étaient réservés aux samouraïs.
L’autre femme est représentée dans une tenue négligée : les pans dénoués de sa large ceinture flottent, et son kimono entrouvert laisse voir le jupon rouge et le genou. Elle se recoiffe d’une main en tenant un miroir rond de l’autre main, et serre entre ses dents des mouchoirs en papier, un détail jugé très érotique dans le Japon d’autrefois ! Il pourrait s’agir d’une courtisane. La plante évoquée dans le titre (un prunier en fleurs, taillé en bonzaï) n’est visiblement qu’un prétexte pour montrer une jolie femme un peu dénudée...
C’était d’ailleurs souvent le cas des séries d’estampes sur le thème des « belles femmes », très à la mode dans le Japon de l’époque d’Edo. Les estampes n’étaient pas forcément considérées comme un art réservé aux esthètes mais plutôt comme un média à destination du grand public, comparable à la presse « people » ou aux réseaux sociaux d’aujourd’hui, permettant de diffuser largement les portraits des célébrités de l’époque (acteurs de théâtre, courtisanes) et les dernières tendances de la mode.

Qui l’a fait et de quand ça date ?
Le nom de l’artiste est indiqué dans le cartouche en bas à droite : Toyokuni. Il s’agit en fait du troisième artiste à porter ce nom. Né en 1786 à Edo (ancien nom de Tokyo), il s’appelait Utagawa Kunisada mais reprit le nom de son maître, Toyokuni (dont un autre élève portait déjà le nom de Toyokuni II). Sa production d'estampes est très abondante (plus de 20 000 dans toute sa carrière!), ses sujets de prédilection sont les portraits d’acteurs, de beautés, de lutteurs de sumo... Il décède en 1865. Ses dernières années voient un renouveau qualitatif : la série des « 24 beautés », parue en 1863, est une de ses plus réussies. C’est aussi un reflet des dernières splendeurs d’un monde qui va bientôt disparaître, celui du Japon traditionnel. Avec l’ère Meiji, à partir de 1868, le Japon s’ouvre aux influences occidentales et se modernise à marche forcée : le chemin de fer va remplacer les palanquins, et le noircissement des dents est officiellement interdit en 1870...

Comment c’est fait ?
Les estampes japonaises sont imprimées à partir de planches de bois gravé. L'artiste réalise d'abord un dessin au pinceau et à l'encre sur un papier très fin. Il le confie ensuite au graveur, qui colle le dessin à l'envers sur une planche de bois de cerisier (le dessin reste visible par transparence). Le graveur creuse à l'aide de ciseaux et de gouges, pour dégager les zones blanches du dessin, ne laissant en relief que les lignes. La planche est ensuite encrée pour l'impression. On n'utilise pas de presse comme en Occident : on place une feuille de papier humide sur la planche et on appuie sur le dos de la feuille avec un tampon de feuilles de bambou. Pour une estampe en couleurs, on grave autant de planches que de couleurs utilisées (jusqu'à une douzaine), et on les imprime successivement sur la même feuille. Le papier utilisé est fabriqué à partir de fibres d'écorce de mûrier, il est à la fois fin, souple et très résistant.
En général on imprimait environ 200 exemplaires mais les derniers étaient moins réussis car les planches s'usaient... Quand une estampe avait du succès (certaines dépassaient les 2000 exemplaires vendus !), l'éditeur n'hésitait donc pas à faire graver de nouvelles planches.
L'estampe porte en général le nom de l'artiste, avec son sceau imprimé en rouge. Parfois le nom du graveur ou de l'éditeur est également indiqué en plus petit. Un sceau circulaire indique que la publication a été autorisée par la censure : le gouvernement des shoguns interdisait toute image critique envers l'Etat.

Comment est-ce arrivé au musée ?
Ces deux estampes ont été achetées en 1951 par l'association des Amis du musée à la veuve de Georges Caron, fresquiste et décorateur. Caron avait notamment assisté le peintre Gustave-Louis Jaulmes dans la réalisation de fresques pour la villa Kérylos à Beaulieu-sur-Mer, superbe villa reconstituant une maison grecque antique (1903-1907). Comme beaucoup d'artistes, il s'était sans doute constitué une collection qui pouvait être une source d'inspiration. Dès les années 1860, les artistes occidentaux avaient été fascinés par les estampes japonaises : Monet, Rodin, Van Gogh, les collectionnaient. Les estampes de Toyokuni III, diffusées à un grand nombre d'exemplaires et relativement récentes, étaient encore très accessibles en Occident au début du 20e siècle, et elles restaient plus abordables que celles des artistes les plus connus comme Hokusai ou Hiroshige.

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Rendez-vous le jeudi 20 juin 2019 à 16h.




L’objet du mois d’avril 2019 : « Les Chemins d’André Gide » par Martine Lafon
  
A quoi ça ressemble ?
C’est un ensemble de quatre cadres vitrés mesurant chacun 40 cm de haut sur 50 cm de large, comprenant chacun une photographie en couleurs et une estampe en noir et blanc. Les verres des cadres portent des motifs gravés.

Qui l’a fabriqué ?
Les cadres sont signés et datés en bas à droite : « Martine Lafon, 2001 ». Longtemps installée à Uzès, Martine Lafon est une artiste qui utilise des formes variées : dessin, estampe, livre d’artiste, mais aussi interventions « in-situ » dans des lieux et paysages variés. Artiste nomade, depuis une trentaine d’années, elle expose et crée dans les endroits les plus divers, dans toute la France (notamment grâce à des résidences artistiques) mais aussi en Pologne, en Lettonie...

Qu’est-ce que ça représente ?
Cet ensemble formant polyptique est intitulé « Les Chemins d’André Gide ». Chacun des cadres porte en légende le nom d’un endroit de la vallée d’Eure à Uzès, lieu cher à Gide qui raconte dans son récit autobiographique Si le Grain ne meurt les promenades de son enfance lors de ses vacances chez sa grand-mère à Uzès. On identifie ainsi « Gisfort », « Le Serbonnet », « Le chemin de la falaise », « Le chemin des bugadières ».
Le récit de Gide ne pouvait pas laisser indiférente Martine Lafon, qui a un temps exercé comme guide touristique, grâce à sa connaissance approfondie de l’histoire et du patrimoine local. De plus, le paysage est une de ses thématiques de prédilection. Elle aime confronter les détails de paysages photographiés et leur interprétation graphique, en de subtils décalages et variations : « L’usage de la photographie permet de prélever un élément particulier de l’environnement. [...] Il déclenche alors de la matière à dessiner qui revisite la photographie ou lui fait écho » (site www.martinelafon.com ).
C’est ainsi que, s’inspirant de passages de Si le Grain ne meurt, l’artiste saisit quatre fragments de la vallée d’Eure, mis en regard d’estampes qui n’en sont jamais des reproductions fidèles mais plutôt d’autres points de vue, vus sous d’autres angles et transposés de la netteté de la photographie en couleurs à la matière rugueuse du trait en noir et blanc. Les plaques de verre gravées qui recouvrent les cadres achèvent de brouiller les pistes et d’unifier ces images hétérogènes.
Il ne s’agit pas d’une simple illustration du texte de Gide ; l’artiste a choisi de se détacher de la stricte représentation du réel, privilégiant les grandes masses rocheuses plutôt que la rivière et les résurgences qui baignent les prés. Ses estampes dégagent les lignes de force, éliminent la végétation qui pourrait adoucir les contours, révélant « cet étrange amour de l’inhumain, de l’aride » que chantait l’écrivain. Le regard se perd, sans rien pour donner une échelle de proportions : on pourrait tout aussi bien y voir des détails microscopiques qu’un site grandiose. Mais l’artiste ouvre des pistes : un sentier suit la crête d’une dalle calcaire, des marches taillées dans le rocher nous incitent à descendre. Vers quoi ? La rivière reste cachée et la vallée garde son mystère, attraction irrésistible pour un enfant aventureux comme pouvait l’être le petit André... Il n’est pas indifférent de souligner ici la prédilection de Martine Lafon pour les personnages de contes (le Petit Chaperon Rouge, Alice au pays des merveilles, Pinocchio), que la curiosité pousse à explorer des chemins dangereux.

De quand ça date ?
L’œuvre est datée de 2001, année du cinquantenaire de la disparition d’André Gide (1869-1951). Elle a également donné lieu à la publication d’un livre d’artiste, la même année, aux éditions Post Rodo à Uzès, « Un petit mamelon calcaire », André Gide et le paysage uzétien. Le livre reprend les mêmes images que le polyptique ; les verres gravés sont remplacés par des feuilles de papier calque imprimé en blanc. Dans son texte d’introduction, Martine Lafon note avec justesse que lorsque Gide écrit ses pages sur Uzès, il a déjà beaucoup voyagé, et que des paysages étrangers viennent se superposer à ses souvenirs d’enfance. Devant le Pont Saint-Nicolas, il évoque la Palestine ; la petite cité a pour lui le charme de celles de l’Ombrie ; quant aux rochers de la vallée de l’Eure, ils ressemblent à des falaises marines (comme celles d’Etretat, proches de son domaine normand de Cuverville), et la « garrigue rauque » préfigure sa fascination pour les déserts d’Afrique du Nord. Ainsi Uzès est comme la matrice de tous les paysages de sa vie future. C’est que la petite cité occupait dans le cœur de Gide une place préservée : racines familiales, mémoire de ses ancêtres protestants, mélange paradoxal de douceur et d’austérité...

Comment est-ce arrivé au musée ?
L’œuvre a été achetée par l’association des Amis du musée en 2002 avec le soutien du FRAM (fonds régional d’acquisition pour les musées) Languedoc-Roussillon. Elle a trouvé sa place dans la salle consacrée à André Gide. Le musée conserve de nombreux documents et portraits de l’écrivain mais il est important de montrer que son œuvre est toujours actuelle et inspire encore les artistes contemporains.


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Rendez-vous le jeudi 18 avril 2019 à 16h.


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L’objet du mois de mars 2019 : « Bouquet de roses » par Henri Girardot
  
A quoi ça ressemble ?
C’est une huile sur toile, représentant un bouquet de roses dans un vase, mesurant 45 cm de haut sur 60 cm de large.

Qui l’a fabriqué ?
Le tableau est signé à droite : « H. Girardot ». Il s’agit d’Henri Girardot (1878-1937), né à Grenoble dans un milieu aisé. Dès l’adolescence sa vocation artistique s’affirme, mais il est de santé fragile, souffrant d’une légère hémiplégie. Il peint des paysages dans le grand parc du domaine familial à Meylan. De 1906 à 1914, il expose dans des salons parisiens : Salon d’Automne, Salon des Indépendants, ainsi qu’à Grenoble, où le conservateur du musée, Andry-Farcy, l’encourage. En 1914 il épouse son infirmière Paulina Lindberg, d’origine suédoise. Pendant la guerre il ouvre dans sa propriété une maison de convalescence qu’il finance entièrement, ce qui finit par le ruiner. Il vend la propriété en 1919. En 1921, il s’installe à Uzès, le climat étant favorable à la santé de son épouse (elle décède en 1928). Il continue à peindre, principalement des bouquets de fleurs en atelier. Séduit par la poterie de l’Uzège, il se fait aussi décorateur, peignant des fleurs sur de la vaisselle, notamment pour le céramiste Pichon, mais il gagne à peine sa vie. Les dettes s’accumulent : dans le Journal d’Uzès du 22 mai 1937 figure l’annonce légale d’une vente de meubles « à suite de saisie-exécution sur la tête de M. Henri Girardot, poterie d’art ». Veuf, malade, Girardot ne peut supporter cette épreuve ; il se suicide le 24 mai 1937. Il est enterré au cimetière protestant d’Uzès. Il a laissé à Uzès le souvenir d’un personnage affable, qui gardait une allure aristocratique même dans sa longue blouse blanche de travail.

Qu’est-ce que ça représente ?
La nature morte, représentation d’objets, de fruits ou de fleurs, est une très ancienne tradition remontant à l’Antiquité. Dans la peinture occidentale, à partir de la Renaissance, les bouquets de fleurs ont une signification allégorique, ils expriment à la fois la beauté de la nature et le caractère éphémère de la vie et de la beauté (par la présence de fleurs fanées ou d’insectes). Avec l’Impressionnisme, ce symbolisme s’efface au profit du pur plaisir de jouer avec les formes et les couleurs des fleurs.
Les bouquets de fleurs étaient le sujet de prédilection de Girardot, surnommé « le peintre des fleurs ». A cause de son handicap, il préférait peindre en atelier, achetant des quantités de bouquets au fleuriste. La petite histoire raconte que son percepteur lui reprochait de dépenser son argent en futilités au lieu de payer ses impôts... Girardot exprime toute sa sensibilité dans ces fleurs vibrantes de couleur, bossées à grands traits. Dans la revue La Cigale Uzégeoise de septembre 1930, Pierre Arnaud soulignait : « Point de détails inutiles, [...] mièvrement léchés, mais une largeur et une vigueur de touche admirablement évocatrices ». Ici l’artiste traite les fleurs dans un camaïeu de rose, rehaussé par le vert des feuilles et contrastant subtilement avec le rouge de la nappe et l’arrière-plan noir.

Comment est-ce arrivé au musée ?
Le Journal d’Uzès du 30 août 1930 nous apprend le don de ce tableau au musée par Robert Mauduit, professeur au collège d’Uzès (futur lycée).

De quand ça date ?
Le tableau a été peint au plus tard en 1930 ; il a sans doute été acheté par le donateur lors d’une exposition des oeuvres de Girardot dans son atelier-galerie d’Uzès, sur l’Esplanade. La même année 1930, Girardot avait également exposé à Paris à la galerie Bernheim jeune, toujours des bouquets de fleurs. Grâce à l’appui du sénateur du Gard, Jean Bosc, il avait même obtenu l’achat d’un tableau par l’Etat. Girardot est peu présent dans les collections publiques : le musée de Grenoble cosnerve quelques paysages, le musée d’Uzès deux bouquets (ce tableau et une aquarelle). Malgré une rétrospective en 1992 à Voiron et Uzès, Girardot reste un peintre méconnu. Mais il ne cherchait pas le succès à tout prix, écrivant : « L’art ne doit pas être abaissé pour plaire. Il doit s’imposer : que les artistes vivent pour leur art et non pas par leur art ».



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Rendez-vous le jeudi 21 mars 2019 à 16h.

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L’objet du mois de février 2019 : « Il n’est pas de rose... » par Alix Marquet

A quoi ça ressemble ?
C’est une sculpture en plâtre, représentant une petite fille nue, portant la main à sa bouche. A ses pieds est posée une rose. La figure est plus grande que nature, elle mesure 1,20 m de haut.

Qui l’a fabriqué ?
La signature à l’arrière du socle est celle d’Alix Marquet. Né en 1875 dans un petit village de la Nièvre, il était le fils d’un tailleur de pierre. Dès le plus jeune âge, Alix Marquet manifeste ses capacités artistiques, taillant des sculptures avec les outils de son père. Un peintre local encourage sa vocation et persuade ses parents de le laisser partir à Paris en 1891, à seize ans. Pour subsister, il devient assistant du sculpteur Théophile Barrau. Il se forme surtout seul, en suivant des cours de dessin et d’anatomie comme auditeur libre. Dès 1893, il est admis au Salon des Artistes Français, où il expose un buste de son père. Il exposera désormais chaque année des bustes en plâtre au Salon. En 1901, sa première statue, « Imploration », est achetée par l’Etat et reçoit la 3e médaille du Salon. C’est le début de la reconnaissance : 2e médaille en 1903, médaille d’or en 1905... Marquet devient un sculpteur officiel, familier des commandes de l’Etat, récompensé par la Légion d’Honneur en 1910, membre du jury du Salon des Artistes Français. Il alterne les sujets dramatiques (familles en deuil, paysans usés par le travail) et joyeux (nus féminins, scènes de la vie paysanne). Après la Grande Guerre, il réalise de nombreux monuments aux morts dans la Nièvre. Il meurt en 1939.

Qu’est-ce que ça représente ?
Le titre est écrit sur le socle « Il n’est pas de rose... » sans épines, bien sûr. Pour illustrer cette expression, Marquet représente une fillette nue, suçant son doigt blessé ; à ses pieds, crispés par la douleur, gît la rose qui l’a piquée. Le sculpteur a choisi de représenter l’enfant plus grande que nature, ce qui produit un effet assez étrange. Le sujet est bien anodin, voire mièvre : ce n’est qu’un prétexte pour se concentrer sur le nu et l’expression de la douleur. La critique de l’époque ne tarissait pourtant pas d’éloges sur « ce joli corps d’enfant qui frissonne, agité, crispé, torturé, de la tête aux pieds, sous le choc inattendu d’une piqûre d’épine ! ».

De quand ça date ?
La version en plâtre de cette statue fut exposée en 1905 au Salon des Artistes Français. Deux ans plus tard, Marquet exposa au même Salon une version en marbre, qui lui valut le Prix National. La statue connut un beau succès et fut éditée en plusieurs matières : au 19e siècle, l’artiste créait d’abord une maquette en terre glaise modelée puis en faisait un moulage en plâtre (épreuve originale) qui servait de référence pour la fabrication d’autres versions, en marbre, en bronze ou en plâtre (épreuves de série). Le musée de Nevers conserve une version en plâtre patiné couleur bronze ; quant à la version en marbre primée en 1907, elle n’a pu être localisée.

Comment est-ce arrivé au musée ?
En 1909, le peintre José Belon décide de créer à Uzès un musée de peinture et de sculpture (l’ancêtre du musée actuel). Belon est un Gardois installé à Paris, où il fréquente de nombreux artistes, auxquels il demande de donner des oeuvres. C’est ainsi que grâce à lui, des tableaux et des sculptures arrivent à Uzès pour le tout nouveau musée qui ouvre à l’été 1910. Dans le Journal d’Uzès du 27 mars 1910, Belon avait annoncé : « Alix Marquet [...] doit nous faire don d’une épreuve de sa délicieuse figure : Il n’est pas de roses sans épines, représentant une fillette de six ans, tout en larmes pour avoir saisi à pleines mains la branche tentatrice. Cette sculpture est un petit chef-d’oeuvre de grâce et de vérité qui attendrira, j’en suis certain, les futurs visiteurs du Musée d’Uzès. »

La rose oubliée
La statue est présentée à partir de 1910 au musée, à cette époque installé à l’étage de la mairie. En 1945, Georges Borias, un jeune professeur de dessin, reprend la direction du musée. Il dresse l’inventaire des collections et y inclut la statue sous la dénomination « Petite fille piquée par une rose ». Mais de 1959 à 1968, Borias est muté à Paris, il ne revient à Uzès que pendant les vacances scolaires. C’est sans doute à ce moment que la statue est déplacée. Borias ne semble pas avoir été averti, puisqu’il note sur la fiche d’inventaire que l’œuvre est « disparue ». Les années passent, le musée est transféré dans l’ancien évêché et la statue est oubliée... avant d’être retrouvée en 2004 dans les combles de la mairie ! Les travaux sur la toiture ont permis de la sortir et grâce à l’obligeance des services techniques municipaux, de la rapatrier au musée, un peu encrassée et avec quelques petits accidents de surface ; mais dans l’ensemble la petite fille se porte bien, surtout après les épreuves qu’elle a traversées !

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Rendez-vous le jeudi 21 février 2019 à 16h.

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L’objet du mois de janvier 2019 : stèle de Callimorphus

A quoi ça ressemble ?

C’est une plaque de marbre rectangulaire d’environ 30 cm de haut sur 38 cm de large. Elle porte une inscription gravée en majuscules, de taille irrégulière : D M / BELLIA SECVN / DILLA L IVLIO CAL / LIMORPHO LIB / PIENTISSIMO ».

A quoi ça servait ?
Il s’agit d'une stèle funéraire, comme l'indique l'abréviation du début « D M », c'est-à-dire « Dis Manibus » = « aux dieux mânes » (les mânes étaient les esprits des ancêtres, ils étaient donc invoqués pour la protection des défunts).
Le texte complet de l’inscription doit se lire « D(is) M(anibus). Bellia Secundilla L(ucio) Julio Callimorpho lib(erato) pientissimo », ce qui signifie en latin : « aux dieux mânes, Bellia Secundilla, au plus dévoué des affranchis Lucius Julius Callimorphus ». C’est donc une femme, Bellia Secundilla, qui a dédié cette stèle à un esclave affranchi (« liberatus »). Le nom en trois parties indique que cet homme jouissait du statut de citoyen romain : sont indiqués son prénom (Lucius), son gentilice ou nom de famille (Julius) et son surnom (Callimorphus). Le nom de famille, Julius, est celui d’une des plus importantes familles romaines (à laquelle appartenait Jules César), mais ce nom était extrêmement répandu car les esclaves affranchis prenaient le prénom et le nom de famille de leur maître, ici sans doute le nom du mari de Bellia Secundillia. Les affranchis gardaient leur nom d'origine comme surnom. C'était souvent un nom dérivé du grec (même quand l'esclave n'était pas grec), parfois un sobriquet plus ou moins flatteur. Ici le surnom Callimorphus signifie littéralement « aux belles formes » : s’agissait-il d’un esclave particulièrement séduisant ?

De quand ça date ?
Bien qu'elle soit écrite en majuscules, l'inscription est irrégulière, avec des lettres de hauteurs différentes, aux lignes incurvées : c'est l'écriture dite « capitale rustique ». Habituellement les inscriptions gravées utilisent plutôt la « capitale carrée », plus anguleuse et régulière ; la capitale rustique se trouve surtout dans les inscriptions peintes ou écrites à la main mais elle est parfois aussi utilisée pour les inscriptions gravées car elle permet de gagner de la place avec ses lettres étroites. Elle est très fréquente du IVe au VIe siècle, bien qu'on la trouve dès le Ier siècle de notre ère : elle n'est donc pas toujours liée à une datation tardive mais peut aussi indiquer une gravure de stèle moins soignée (et moins coûteuse) que la capitale carrée.
Le meilleur indice de datation est la formule abrégée « D M », utilisée à partir du IIe siècle et jusqu'au IIIe siècle.

D’où ça vient ?
C’est Eugène Germer-Durand qui nous raconte l’histoire mouvementée de cet objet, dans les Mémoires de l’Académie de Nîmes en 1875. La première mention de cette stèle est faite au 17e siècle par Gaillard Guiran, conseiller au présidial de Nîmes et érudit, qui établit dans les années 1650 un répertoire manuscrit des inscriptions antiques de Nîmes. La stèle se trouve alors en effet à Nîmes chez un de ses confrères du présidial, M. d'Arbaud. Un siècle plus tard, l'érudit nîmois Jean-François Séguier signale que la stèle se trouve dans le village de Blauzac : ce déplacement s'explique du fait que les Arbaud étaient co-seigneurs de Blauzac. Encore un siècle après, la stèle est retrouvée dans un endroit insolite : sur le toit du château de Blauzac ! C’est le curé de Domazan, l’abbé Blanc, qui la repère en 1863, encastrée dans une cheminée. Elle est ensuite achetée par M. Rousset, bijoutier à Uzès et grand collectionneur d’antiquités. A partir des années 1850, Rousset avait constitué à son domicile un véritable musée privé, réunissant entre autres de l’archéologie locale (objets préhistoriques et antiques découverts en Uzège), du mobilier ancien, des armes de collection, des faïences, des émaux, une collection d’insectes. Le clou de ce musée était un orchestre composé de trente écureuils empaillés, chacun muni d’un instrument de musique miniature, actionnés par un mécanisme permettant de faire jouer l’orchestre...

Comment est-ce arrivé au musée ?
La collection Rousset semble avoir été dispersée dans les années 1930, mais quelques objets romains, dont cette stèle, avaient été conservés par M. Veistroffer (bijoutier à Uzès et héritier de M. Rousset), qui en a fait don au musée en 1950.

Pas de visite guidée en janvier ! Fermeture annuelle du musée, réouverture le 1er février.

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L’objet du mois de décembre 2018 : armoire peinte

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L’objet du mois de novembre 2018 : cartes de « bureau typographique », 18e siècle

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L’objet du mois d’octobre 2018 : « Les Fonds de Saint-Clair »,par Zoum Walter

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L’objet du mois de septembre 2018 : collection de coquillages

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L’objet du mois de juillet 2018 : « Quinze vues de La Roque », par Claude Verdier 

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L’objet du mois de juin 2018 : portrait  du général Sorbier

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L’objet du mois de mai 2018 : Jeu  des Faux-Monnayeurs

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L’objet du mois d'avril 2018 : confirmation  du statut des apothicaires d’Uzès

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L’objet du mois de mars 2018 : vase  par Gerbino

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L’objet du mois de février 2018 : sabre d'infanterie dit « briquet »

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L’objet du mois de janvier 2018 : planche d’impression sur étoffe

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L’objet du mois de décembre 2017 : stèle funéraire de tonnelier

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L’objet du mois de novembre 2017 : Nature morte aux toupins, par Georges Borias

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L’objet du mois d’octobre 2017 : formeà papier
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L’objet du mois de septembre 2017 : Vue de la chapelleSaint-Geniès, par Jimmy Butler

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L’objet du mois d'août 2017 : « Danseuse assise », par Emile Gilioli

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L’objet du mois de juillet 2017 : « Jeune fille au bol », par Léon Delachaux

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L’objet du mois de juin 2017 : portrait du chanoineSconin

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L’objet du mois de mai 2017 : "Le Voyage u Congo" d'André Gide

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L’objet du mois d'avril 2017 : métier à bas

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L’objet du mois de mars 2017 : chaise Sénoufo, Côte-d’Ivoire

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L’objet du mois de février 2017 : portrait de Théo vanRysselberghe, par Alexandre Charpentier

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L’objet du mois de janvier 2017 : bannière de lacorporation des maçons d’Uzès

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L’objet du mois de décembre 2016 : cor en terre cuite, Néolithique final

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L’objet du mois de novembre 2016 : « Portrait de Firmin Abauzit », par Léon Alègre

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L’objet du mois d'octobre 2016 : paire d'armoires peintes, 18e siècle

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L’objet du mois de septembre 2016 : urne de vote, milieu du 19e siècle

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L’objet du mois d’août 2016 : stèle de Jupiter

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L’objet du mois de juillet 2016 : bannière de la société Sainte-Cécile

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L’objet du mois de juin 2016 : plaque de chancel, haut Moyen-Age
 
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Emission spéciale « Journées Catherine Gide »


Les 23 et 24 avril ont eu lieu les troisièmes Journées Catherine Gide au Lavandou : deux jours de conférences et de rencontres autour d'André Gide. Fréquence Musées y était, et vous fait découvrir la personnalité hors du commun de l'amie de Gide, Maria Van Rysselberghe, surnommée la « Petite Dame », révélée par une exposition à l'Hôtel de Ville du Lavandou, à voir jusqu'au 30 mai 2016.

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L’objet du mois de mai 2016 : « Les Magnanarelles » par José Belon

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L’objet du mois d’avril 2016 : « Vue du Gardon », par Charles Gide

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L’objet du mois de mars 2016 : « Terrasse à Uzès », par Henri Brugnot

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L’objet du mois de février 2016 : « Lepassage de la duchesse d’Angoulême au Pont du Gard », par Christophe Jusky

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L’objet du mois de janvier 2016 : grand bi, par Alfred Rousseau
  
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L’objet du mois de décembre 2015 : jeu« Ombro-cinéma », par Maurice Saussine

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L’objet du mois de novembre 2015 : balance monétaire 

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L’objet du mois d'octobre 2015 : « La Lutte d’hommes », par José Belon


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L’objet du mois de septembre 2015 : portrait de Théophile Gide

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L’objet du mois d’août 2015 : drapeau des Sapeurs-Pompiers d’Uzès

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L’objet du mois de juillet 2015 : cape à la polonaise

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L’objet du mois de juin 2015 : maquettes en liège de monuments antiques

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L'objet du mois de mai 2015 : chaise à porteurs de la famille d'Amoreux, 18e siècle

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L’objet du mois de mars 2015 : Plan de la chapelle Saint-Geniès d’Uzès, par Bègue

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L’objet du mois de février 2015 : cantine de fileuse

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L’objet du mois de janvier 2015 : ornements du cardinal Pacca


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L’objet du mois de décembre 2014 : ensemble de vases décoratifs aux armes d’Uzès, fabrique Pichon

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L’objet du mois de novembre 2014 : « Flore Uzétienne » par Eugène Delorme

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L’objet du mois d'octobre 2014 : « Portrait d’homme » par Ferdinand Roybet

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L’objet du mois de septembre 2014 : « L’église Saint-Etienne à Uzès », par Fernand Siméon

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L’objet du mois d'août 2014 : « Le jour de la grève, pont du Rialto, Venise, 1904 » par Marcelle Rondenay
 
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L’objet du mois  de juillet 2014 : bague de "Poilu"

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L’objet du mois de juin 2014 : trésor monétaire du 15e siècle

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L’objet du mois de mai 2014 : Portrait de la duchesse d’Uzès, par Adolphe Weïsz

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L’objet du mois d'avril 2014 : jeu de marelle médiéval

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 L’objet du mois de mars 2014 : brique de la fabrique Ducros à Saint-Quentin la Poterie
  
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L’objet du mois de février 2014 : « Carmen » par Henri Allouard
  
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L’objet du mois de janvier 2014 : bannière des cheminots catholiques d’Uzès

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L’objet du mois de décembre 2013 : pipe en terre « Jacob », fabrique Job Clerc

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L’objet du mois de novembre 2013 : « Etude de tête et de mains » par Melchior Doze

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L’objet du mois d'octobre 2013 : portrait tissé de Xavier Sigalon

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L’objet du mois de septembre 2013 : « Les Magnanarelles » par José Belon

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Exceptionnellement, pas d'Objet du mois en août 2013

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L’objet du mois de juillet 2013 : défense de mammouth

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L’objet du mois de juin 2013 : calebasses gravées de Guyane

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L’objet du mois d’avril 2013 : coffre en fer du 17e siècle

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L’objet du mois de mars 2013 : « Les brodeuses de Pont-l’Abbé », par Berthe Bourgonnier-Claude

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L’objet du mois de février 2013 : chenet zoomorphe, âge du Fer

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L’objet du mois de janvier 2013 : « Bello Matinado » par Félix Charpentier

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L’objet du mois de décembre 2012 : malle d’André Gide au Congo

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L’objet du mois de novembre 2012 : carreaux de pavement du 14e siècle

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4 commentaires:

Joëlle C a dit…

Bonjour,
Il est noté dans votre notice que le duchesses d'Uzès avait un château à Bonnelles
Ce qui est exact...
Par contre Bonnelles se trove dans la région parisienne, dans l'actuel département des Yvelines et non en Bourgogne
Cordialement

Le Musée d'Uzès a dit…

Bonjour,

merci pour cette précision, j'ai corrigé le texte.

bien cordialement

La Conservatrice

Mumy a dit…

Bonjour,
Je ne sais pas s'il y a un rapport mais au sujet du tableau "Les brodeuses de Pont-l'Abbé", offert par la duchesse d'Uzès, née Mortemart, au musée, la famille de Mortemart possédait à l'époque où le tableau a été peint le château du Cosquer à Combrit, commune distante de quelques kilomètres de Pont-l'Abbé.
Bien cordialement,
Serge Duigou.

Le Musée d'Uzès a dit…

Bonjour,

merci pour l'information, c'était sûrement une motivation supplémentaire pour la duchesse dans le choix de cette oeuvre !

bien cordialement

La Conservatrice